Histoire du Val-de-Grâce

Tout comme la grande majorité des établissements de formation du SSA, l’Ecole du Val-de-Grâce et ses locaux héritent d’une histoire plusieurs fois centenaire et très riche. Pleinement intégrée parmi les monuments Parisiens, elle propose un cadre de travail exceptionnel et agréable. Nous vous proposons de découvrir ou de redécouvrir ce passé glorieux, fil conducteur des élèves depuis leurs premiers pas à l’Ecole de Santé des Armées de Lyon.

Les origines

C
harles de Valois, fils du Roi Philippe III dit le Hardi, acquit, au milieu du XIIIe siècle, une propriété dans le Faubourg Saint Jacques. Pendant près d’un siècle, cette demeure resta aux mains des Valois. La propriété passa aux mains des Bourbon à la fin du XIVe siècle. En 1514, la Reine Anne de Bretagne demande que l’abbaye royale du Val-Profond, fondée au 11ème siècle dans les Yvelines, soit rebaptisée « Val-de-Grâce de Notre-Dame de la Crèche », en signe de dévotion au mystère de la nativité. Louise de Savoie obtint de son fils François Ier la cession de l’hôtel dit du « Petit Bourbon » pour l’offrir à son médecin personnel Jean Chappelin, ce qui marqua la première occupation de l’endroit par le corps médical en 1527. Selon la légende :

Henri de Navarre s’étant approché de Paris à la faveur d’un épais brouillard le 1er novembre 1589, surprit le Faubourg Saint Jacques et, fatigué, se reposa quelques heures sur un lit de paille fraîche dans une salle du Petit Bourbon.

Ainsi le premier combattant de l’armée française inaugurait sans le savoir le premier hôpital militaire.

Le Cardinal de Bérulle y installa des Oratoriens qui le désertèrent en 1616. Le « Petit Bourbon » tomba alors à l’abandon.

A
nne d’Autriche s’était liée d’amitié avec Marguerite de Veny d’Arbouze, une religieuse au caractère fort, à la dévotion profonde, parlant castillan. Elle était devenue mère abbesse du couvent du Val-de-Grâce de Notre Dame de la Crèche dans l’humide vallée de la Bièvre. La Reine souhaitait rapprocher les sœurs bénédictines de Paris et arguant du climat malsain de la vallée de la Bièvre, elle l’obtint de Louis XIII. La congrégation s’installa au cours de l’année 1621 après rachat du « Petit Bourbon » par Michel de Marillac sur ordre de la Reine. La mère abbesse ayant imposé une stricte observance de la règle de Saint-Benoît, le Val-de-Grâce devint un exemple dans le mouvement de réforme religieuse du début du XVIIe siècle. La Reine y séjourna régulièrement afin de se fortifier spirituellement, de retrouver ses chères religieuses et d’y tenir aussi sa Cour.

 L’abbaye du Val-de-Grâce a donc été créée par Anne d’Autriche en 1621. La Reine est belle mais délaissée et l’héritier tant désiré tarde. Forte d’une profonde dévotion, elle formule le vœu d’élever un « Temple magnifique » si Dieu lui envoie un fils. La Providence lui sourit. Après vingt-trois années de mariage, Louis Dieudonné, futur Louis XIV, naît le 5 septembre 1638 au château de Saint-Germain-en-Laye. La Reine demande alors à François Mansart (1598-1666) d’ajouter une église et un palais au couvent du Val-de-Grâce. La construction de l’église supposait un financement très élevé et la Reine dut attendre d’être régente, donc maîtresse du budget, pour que le début des travaux soit ordonné. La première pierre fut posée le 1er avril 1645 par Louis XIV âgé de 7 ans. De l’événement ne reste qu’un fragment de tableau attribué à Philippe de Champaigne.

 

Le plan de construction de l’église prévoyait de construire des tours sur les flancs de la nef et un portail d’entrée à un étage, en avancée, donnant à l’ensemble une allure de château. Cependant Mansart fut renvoyé peu après le début des travaux, en effet s’étant aperçu que la zone était sous minée il entreprit des travaux de consolidation. Cette consolidation des anciennes carrières se trouvant sous le Val-de-Grâce engloutit la somme de 275000 Livres. Mansart fût donc renvoyé devant l’ampleur des dépenses engagées. La direction du chantier fut reprise par Jacques Lemercier, puis à la mort de ce dernier, par Pierre Le Muet. Les travaux furent interrompus de 1648 à 1655 pendant les événements de la Fronde. Enfin, Gabriel Le Duc, éleva le dôme en 1665, dirigea la décoration et acheva la construction des bâtiments du couvent en 1667. Anne d’Autriche n’eut pas l’occasion de contempler le Val-de-Grâce achevé car elle mourut en 1666.

L
‘église a un plan en croix latine et un dôme visible du parvis de l’église. La façade à deux étages, avec ses ailerons (issus de l’église Santa Maria Novela, construite en 1470 par Alberti à Florence) effectuant la transition, et son double niveau de colonnes jumelées supportant un fronton triangulaire, rappelle certaine façades d’églises de la première moitié du XVIIe siècle (la façade de l’église des feuillants, construite sur les plans de Mansart en 1623-1624, ou celle de l’église Saint Louis – aujourd’hui Saint Paul -Saint Louis – , construite entre 1627 et 1641 par Martellange et Derant, même si ces dernières ont trois niveaux et que Saint Louis est très chargé, fruit de l’architecture maniériste de l’époque). Plus clair et plus sobre que les maniéristes, Mansart quadrille la façade par des lignes verticales : les six colonnes de la façade et les quatre colonnes du porche; et des lignes horizontales : les entablements des deux niveaux (l’entablement du rez-de-chaussée est plus accentué et ressort grâce au porche qui le soutient) et le pseudo niveau, derrière le fronton du porche, et où se trouvent les supports des bases des colonnes du deuxième niveau.

Anne d’Autriche avait fait édifié cette église en l’honneur de la Vierge Marie, en tant qu’Ex-voto, pour remercier le ciel de lui avoir accordé un enfant, après une longue période de stérilité. La dédicace sur le fronton du porche est donc facilement identifiable : « iesu nascenti virginio matri« , faisant allusion à la Vierge Marie enfantant de Jésus.

L’abbaye est désaffectée sous la Révolution. La Convention par décret du 31 juillet 1793 affecte l’ensemble monumental à un hôpital militaire. Le règlement du 30 floréal an IV le transforme en hôpital d’instruction, c’est la naissance de « l’École du Val-de-Grâce » véritablement organisée le 9 août 1850 avec la création de l’École d’Application de médecine militaire.

Ce raccourci de l’histoire doit faire mention des deux restaurations, celle de Napoléon III et celle qui, depuis 1982, vise à restituer « ad integrum » l’ensemble monumental après l’inauguration du nouvel hôpital en 1979. Ce fut un véritable sauvetage magnifiquement mené par l’action conjuguée des ministères de la Défense et de la Culture.

L’Hôpital Militaire

L
a vocation hospitalière du Val-de-Grâce est née à la Révolution, mais elle était préparée par deux actes importants, dont un seul est imputable aux révolutionnaires :

 

  • le premier est l’ordonnance du 20 juillet 1788 qui démantèle, pour des raisons d’économies, le remarquable équipement hospitalier militaire mis sur pied sous les deux règnes précédents, et réduit les hôpitaux militaires de 90 à 8 dits auxiliaires, mais les guerres révolutionnaires et la levée en masse démontre rapidement la nécessité d’un réseau efficace d’hôpitaux militaires, à l’intérieur comme aux frontières.
  • le second est le décret du 8 novembre 1789 attribuant à la Nation les biens des congrégations dissoutes.

L’abbaye royale du Val-de-Grâce étant donc devenue un bien national, un décret de la Convention Nationale du 31 juillet 1793 en fait un hôpital militaire et y transfère l’hôpital militaire du Gros-Caillou, situé près du Champ-de-Mars, devenu désuet et insuffisant. Cette décision sauve les bâtiments historiques, remis en valeur par des restaurations récentes qui ont duré plus de 20 ans et qui ne sont pas encore terminées. En effet, les nombreux cloîtres qui existaient dans cette partie de la campagne parisienne (ursulines, carmélites, feuillantines, capucins, bénédictins anglais, chartreux, Port-Royal…) ont tous été détruits pendant les troubles de la période révolutionnaire. Les bâtiments abbatiaux convenaient particulièrement à cet usage hospitalier. Ceux du Val-de-Grâce, déjà dépouillés des attributs royaux et monastiques, étaient reconnus aptes à accueillir 1000 malades ou blessés.

A
près quelques travaux d’aménagement (heureusement limités aux structures internes), la décision d’ouverture est prise le 9 juillet 1795 par le Conseil de Santé qui arrête qu’il sera formé : « une école clinique de médecine, de chirurgie et de pharmacie, propre à servir de modèle aux institutions de ce genre ». Les débuts sont effectivement brillants, marqués par la présence et l’enseignement des médecins et chirurgiens les plus illustres des armées de la République, dont le Baron Desgenettes et le Baron Dominique Larrey. Mais les besoins des Armées en campagne les rappellent bientôt sur les lieux des combats, et l’enseignement est progressivement suspendu.

Le renouveau vient avec la Restauration : Louis XVIII rétablit les hôpitaux d’instruction de Paris, Lille, Metz et Strasbourg. Au Val-de-Grâce, la cérémonie de réouverture des cours le 1er juillet 1816 revêt un faste particulier. Le développement se poursuit sous la Monarchie de Juillet, avec la construction de trois bâtiments hospitaliers supplémentaires dans les jardins. Après 1848, l’enthousiasme républicain un peu trop marqué des élèves entraîne à nouveau la suppression temporaire des hôpitaux d’instruction, mais devant les protestations unanimes, le Val-de-Grâce est rétabli avec éclat dans des fonctions élargies, et le décret du 9 août 1850 y installe l’École d’Application du Service de Santé des Armées (EASSA). Dès lors les missions et les structures sont fixées. Le Val-de-Grâce reçoit la charge d’ajuster au début de leur carrière l’enseignement médical de tous les futurs médecins des Armées. Ses installations sont complétées à cet effet par la construction des bâtiments de l’École autour de l’actuelle cour Broussais.

Depuis, à travers les soubresauts imposés par trois grandes guerres nationales, le Val-de-Grâce a développé au plus haut niveau sa triple mission de soins, d’enseignement et de recherche appliquée aux besoins des Armées, et au-delà aux progrès de la médecine. Des savants de renommée internationale, comme Villemin, Laveran, Vincent, y ont enseigné et travaillé.

C
ependant, au fur et à mesure que les technique médicales se développent, les locaux apparaissent mal adaptés et peu compatibles avec les transformations nécessaires, malgré les adjonctions multiples, pas toujours heureuses au plan architectural, du XXème siècle. La vétusté des lieux, l’inconfort des locaux et les exigences des normes et techniques médicales modernes, devenues incompatibles avec les contraintes d’un bâtiment classé, rendent nécessaire la construction d’un hôpital moderne, à la hauteur de la notoriété acquise, capable de prendre la relève de ce haut lieu de la médecine militaire et dont la construction est envisagée dès 1921.

En définitive, le permis de construire, accordé le 18 mars 1974, consacre une solution d’équilibre qui comporte : la construction d’un monobloc demi-enterré, la démolition ultérieure des bâtiments disparates implantés entre le monobloc et la partie historique et la remise en l’état du XVIIème siècle des bâtiments abbatiaux et des jardins. L’opération « monobloc » débute en février 1975 par des travaux d’excavation d’une ampleur exceptionnelle (250 000 m3 de déblai), qui permettent d’asseoir les niveaux inférieurs sur le sol des carrières souterraines. La construction proprement dite est terminée en juillet 1978, ce qui porte à trois ans et demi la durée du chantier. Quarante entreprises, coordonnées par une société d’ordonnancement, ont travaillé à cette édification, pour un coût total de 26 millions d’euros. La maîtrise d’œuvre a été assurée par la Direction des Travaux du Génie de Paris, qui a créé un arrondissement des travaux spécialement consacré à cette opération. La maîtrise d’ouvrage revient au Service de Santé, représenté par le Médecin Général Inspecteur Demarty, Directeur du programme. L’opération est parachevée au cours du deuxième semestre 1978 par la mise en place des équipements et les dernières finitions, pour aboutir à la livraison de l’hôpital actuel.

Monsieur Valéry Giscard d’Estaing étant Président de la République et Monsieur Raymond Barre étant Premier Ministre, Monsieur Yves Bourges, Ministre de la Défense, a inauguré le nouvel Hôpital d’Instruction des Armées (HIA) du Val-de-Grâce le 9 janvier 1979.

 

L’Ecole du Val-de-Grâce

L
’École d’Application du Service de Santé des Armées est créée le 9 août 1850, sur décision de Louis-Napoléon Bonaparte. Elle devient l’heureux complément du centre hospitalo-universitaire précurseur que constituait « l’École du Val-de-Grâce », fruit de la transformation de l’hôpital militaire (1793) en hôpital militaire d’instruction (1796).

 De fait, le renom de « l’École du Val-de-Grâce » « berceau et Panthéon de la médecine militaire » (J. PESME) repose sur le passé commun de l’entité école-hôpital que des modifications structurelles ont fait éclater dans les années 1970. Mais les liens fonctionnels restent très étroits avec les hôpitaux d’instruction Bégin, Percy et du Val-de-Grâce, par la présence à la tête de leurs services des professeurs titulaires de chaire et des professeurs agrégés de l’École.

 Depuis 1979, elle occupe la totalité de l’ensemble conventuel libéré par l’hôpital. Ce cadre prestigieux, en plein cœur de Paris, est propice au déroulement de nombreuses manifestations médico-militaires, scientifiques, culturelles, nationales et internationales. Enfin elle abrite, dirige et administre des structures à vocation nationale telles que le Musée du Service de Santé des Armées et la Bibliothèque Centrale du Service de Santé des Armées.